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Visite du Pape à Khartoum : 10 février 1993

 
- Discours du Président Béchir à l’arrivée à l’aéroport de Khartoum
- Discours du Pape à l’aéroport
- Discours de bienvenue par Mgr G. Zubeir Wako dans la cathédrale de Khartoum
- Discours du Pape aux prêtres, religieux, séminaristes et catéchistes
- Discours du Chef de l’Etat au Palais de l’Amitié
- Discours du Pape au Président de la République
- Rencontre avec les membres des délégations des autres religions
- Discours aux personnalités chrétiennes
- Discours de bienvenue par Mgr Zubeir au Pape
- Homélie à la messe en l’honneur de la Bienheureuse Bakhita
- Discours du Chef de l’Etat à l’aéroport
- Discours du Pape au départ de Khartoum
- Télégramme à l’archevêque de Khartoum après le départ de Khartoum
- Audience générale à Rome: 17 février 1993

- Message du Pape Jean Paul II aux Chrétiens du Sud Soudan – 24 octobre 1996
 
 



Discours du Président el Béchir à l'arrivée à l'aéroport de Khartoum (*)
 
Au nom du Dieu miséricordieux et compatissant, permettez-moi, au nom du gouvernement du Soudan, d'accueillir Votre Sainteté comme un messager de paix et d'amour, sur cette terre qui, au cours de son histoire, a abrité de nombreuses civilisations et de nombreuses religions. Ici, le christianisme et l'islam se sont épanouis et ont enrichi de leurs valeurs et de leurs idéaux le peuple soudanais, lui donnant le sens de la tolérance et de la coexistence pacifique, sans précédents sur le continent africain.

Les missions de paix que vous avez entreprises en diverses parties du monde ont contribué à la paix en amenant la défaite du communisme matérialiste et athée, et en prônant la sensibilité aux valeurs spirituelles et la défense de la famille dans un monde obsédé par la société de consommation et le matérialisme. L'Afrique passe par de profonds changements sociaux et économiques, qui ont créé des situations de pauvreté et de privation qui ne cessent de croître. Pour notre part, nous avons suivi avec une grande admiration les efforts que vous avez accomplis, avec les hommes et les femmes de bonne volonté, pour remédier à cette situation et  promouvoir une ère de fraternité et de bonne volonté entre tous les peuples d'Afrique. Ces valeurs ont été une source d'inspiration pour nous, au Soudan, renforçant nos perspectives d'une vie authentiquement humaine, en opposition à la froide raison, cause première de nos conflits.

Nous avons confiance que nous parviendrons dans un avenir proche à trouver une solution pacifique au problème qui afflige notre pays, et nous sommes certains que le Soudan sera en mesure de vivre en paix et de concentrer les énergies de ses fils et de ses filles à la cause de la réhabilitation et du développement.

Nous avons confiance que nos efforts conjoints, avec l'engagement de tous les hommes de bonne volonté, nous permettront d'atteindre cet objectif ambitieux, et que le Soudan redeviendra une terre de paix, et de tolérance à l'égard des valeurs spirituelles, comme cela a toujours été le cas au cours de son histoire.

Sainteté, les musulmans lisent chaque jour dans leur Livre saint que les chrétiens sont ceux qui leur sont le plus proches par l'amour. Le Coran le dit :"Plus que chez les autres, il y en a parmi eux qui sont proches des croyants par l'amour, et parmi ceux qui disent : "nous sommes chrétiens", il y a des hommes désireux d'apprendre et des hommes qui ont renoncé au monde ; ils ne sont pas arrogants, mais bons".

Par la convivialité des chrétiens et des musulmans, des chefs spirituels ou politiques, et par un dialogue religieux entre christianisme et islam, puisque ces deux croyances sont les plus répandues parmi les fidèles, nous pouvons faire du monde un lieu meilleur et un havre de paix.

Sainteté, votre visite est la bienvenue ; elle représente un don de Dieu pour les deux parties et elle nous permettra de confronter nos points de vue sur des problèmes importants, tout comme elle donnera à Votre Sainteté l'occasion de voir les faits de ses propres yeux, de voir comment le Soudan, société multi-religieuse, multi-raciale et multi-culturelle, a inventé des instruments et des comportements grâce auxquels tous peuvent vivre sereinement, dans l'harmonie, la fraternité et la tranquillité.
Je vous remercie.
Mesdames et Messieurs, je pense que vous attendez avec impatience les paroles du Saint-Père. Je lui donne la parole.

(*) Teste original arabe. Texte italien dans l'Osservatore Romano du 11 février; Traduction et titre de la D.C.

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Discours du Pape Jean Paul II à l'arrivée à l'aéroport de Khartoum  (*)
 
M. le Président du Conseil de la Révolution,
Messieurs les  membres du Gouvernement,
Messieurs les membres du Corps Diplomatique,
Chers Frères Evêques et membres de l'Eglise,

As-salamu 'aleykum !
(La paix soit avec vous).

1 C'est avec un profond sentiment de paix et de bienveillance que j'ai embrassé le sol du Soudan. Je rends grâces à Dieu tout-puissant qui a conduit mes pas de pèlerin sur cette terre, et qui me donne l'occasion de parler au nom de la compréhension, de l'harmonie et de la paix entre les croyants qui, bien qu'obéissant à des traditions différentes, honorent néanmoins Dieu en leur coeur et cherchent à accomplir sa volonté en toute chose. En vous remerciant, vous tous qui êtes venus ici m'accueillir, je vous lance un ardent appel : écoutons les voix de nos frères et de nos soeurs, spécialement de ceux et celles qui connaissent l'oppression de la pauvreté, de la faim et de la misère, et dont s'élève le cri pour la justice, pour la paix et pour une ère nouvelle de dialogue et de bonne entente.

Mon désir était ardent de venir au Soudan, aussi suis-je reconnaissant aux autorités civiles d'avoir rendu cette visite possible. Je suis également reconnaissant aux évêques catholiques pour leur invitation à partager, ne serait-ce qu'un bref moment, la vie de la communauté catholique, ici. En tant que successeur de l'apôtre Pierre, que Jésus-Christ a placé à la tête de son Eglise, j'ai le devoir pressant d'encourager et de fortifier la foi de mes frères et soeurs, où qu'ils soient, et spécialement lorsque cette foi réclame un grand courage et une grande fidélité. Là où quelqu'un est faible, pauvre et sans défense, je dois élever la voix en sa faveur. Là où quelqu'un est sans toit et souffre des conséquences de la sécheresse, de la famine, de la maladie et des ravages de la guerre, je dois être auprès de lui et appeler en son nom ceux qui peuvent l'aider, et par-dessus tout ceux qui peuvent faire progresser la cause de la justice et de la paix. La justice et la paix : telles sont les conditions de vie auxquelles aspire toute l'humanité. Elles sont les prémices nécessaires du développement et du progrès. Je prie pour la justice et pour la paix, et je l'espère pour tous les citoyens de cette terre, sans réserve, sans égard pour leur religion, leur statut social, leur appartenance ethnique ou leur couleur;

Une grande espérance pour l'Afrique

2  Aux yeux de l'observateur attentif, l'Afrique tout entière est aux prises avec des transformations profondes. Partout l'on doit encore faire face à d'énormes problèmes. Une histoire tumultueuse a laissé un héritage de sous-développement, de rivalités ethniques et de conflits. Une pauvreté endémique a produit d'innombrables insuffisances culturelles et matérielles. Les efforts pour apporter le progrès et le développement n'ont pas toujours coïncidé avec les meilleurs intérêts des populations et, dans bien des cas, les politiques passées ont laissé le poids d'une énorme dette internationale. Mais des vents nouveaux soufflent aussi.  Beaucoup de peuples sur ce continent ont aujourd'hui conscience que des solutions africaines doivent être apportées aux problèmes africains, que les individus, les familles et les groupes doivent être capables de contribuer à leur propre avancement, et que la société doit donc devenir plus démocratique, plus respectueuse des différences légitimes, plus stable grâce à la régulation d'une loi reflétant les droits de l'homme universellement reconnus. Les vents du changement réclament des structures renouvelées pour l'organisation politique et économique, des structures qui respecteront vraiment les droits de l'homme et la dignité humaine.
Au cours de mes visites pastorales, j'ai été dans un grand nombre de pays d'Afrique. Au long des années, j'ai rencontré la plupart des dirigeants africains. Malgré les défis auxquels ce continent doit faire face, je suis convaincu qu'il y a de solides raisons pour nourrir une grande espérance en l'avenir de l'Afrique.  Ici, à Khartoum, je veux exprimer ce même espoir à l'égard du Soudan. C'est un pays aux peuples, aux coutumes et aux langages nombreux et différents. En dehors de la religions africaine traditionnelle, deux traditions religieuses majoritaires, l'islam et le christianisme, ont coexisté sur ce territoire, depuis des siècles. Aujourd'hui, il est essentiel de retrouver le sens du respect mutuel et de la coopération, dans le service du bien commun et la recherche franche et sincère d'une juste solution au conflit qui continue à récolter une si terrible moisson de souffrances. C'est avec cette grande espérance dans le coeur que je renouvelle mon appel à la communauté internationale et aux Organisations internationales, afin qu'elles ne refusent pas leur aide au peuple du Soudan, mais accroissent leurs efforts pour répondre aux besoins immédiats et pour aider à poser les fondations d'un développement futur.
Le combat moral pour la paix et la réconciliation.3.  Nous, chrétiens, nous appelons Jésus-Christ "Le Prince de la paix" ; il est "notre paix" (Ep 2, 14). Pour les fidèles de l'islam, le terme salam est si important qu'il est un des glorieux noms divins. Pour la Journée mondiale de la paix 1992,  j'ai rédigé un message spécifiant que la religion, "lorsqu'elle est vécue d'une manière authentique, ne peut manquer de produire des fruits de paix et de fraternité, car il est dans la nature de la religion de produire un lien toujours plus étroit avec la divinité et de favoriser un rapport toujours plus solidaire entre les hommes" (n.2). Le seul combat que des motifs religieux peuvent justifier, le seul combat digne de l'homme, c'est le combat moral contre le désordre de ses propres passions, contre toutes les formes d'égoïsme, contre les tentatives d'asservissement du prochain, contre toutes les sortes de haine et de violence : en un mot, un combat  contre tout ce qui est l'exact opposé de la paix et de la réconciliation (cf. ibid.,  n;7). Dans cette grande entreprise humaine, il y a une large base pour la coopération et l'entente mutuelle, comme l'ont démontré de si nombreux musulmans et chrétiens de par le monde.
La liberté religieuse est un droit strict
4.  l'Eglise catholique se réjouit lorsque les hommes acquièrent une plus grande conscience de leur dignité, car ils deviennent alors capables de découvrir en eux-mêmes et dans les autres l'image et la ressemblance du Créateur : cette oeuvre de ses mains qu'ils sont (Ps 8, 5). En remplissant sa mission à travers tout ce continent, l'Eglise développe aussi un patient et persévérant travail de promotion humaine, à travers l'éducation, les soins médicaux et l'assistance. Elle le fait pour obéir aux paroles de Jésus-Christ, qui nous a enseigné que le véritable culte de Dieu comprend le service de notre prochain (cf. Lc 10,27). Tout ce que l'Eglise réclame, c'est la liberté de poursuivre sa mission religieuse et humanitaire. Cette liberté est pour elle un droit, car c'est la tâche de chacun, la tâche des individus comme de l'Etat, de respecter la conscience de tout être humain. Le strict respect du droit à la liberté religieuse est une source fondamentale et une base de la coexistence pacifique.
Pendant les quelques heures prier et célébrer l'Eucharistie avec la communauté catholique. J'attends aussi avec plaisir de rencontrer plusieurs fidèles de l'islam. Puisse Dieu tout-puissant nous aider à grandir dans la compréhension mutuelle et la conscience de nos graves responsabilités à l'égard du bien véritable du peuple.
Baraka Allah as-Sudan
(Dieu bénisse le Soudan).

(*) Texte anglais dans l'Osservatore Romano du 12 février. Traduction, titre et sous-titres de la D.C.

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Discours du Pape Jean Paul II au Chef de l'Etat au "Friendship Hall"
 

Votre Excellence,

1.  Ma visite au Soudan est une source de grande satisfaction pour moi dans l'accomplissement de mon ministère pastoral et religieux, en tant qu'Evêque de Rome et chef de l'Eglise catholique. Je suis heureux d'avoir pu venir à Khartoum, même s'il n'a pas été possible d'envisager d'étendre ma visite à d'autres parties du pays, afin d'offrir le message de la réconciliation et de l'espoir qui est le coeur du catholicisme et que j'apporte à tous les Soudanais, quelles que soient leurs différences ethniques ou religieuses. J'ai désiré tout particulièrement avoir cette occasion d'apporter un encouragement aux citoyens de ce pays qui sont fils et filles de l'Eglise, et dont l'aspiration profonde est de coopérer efficacement et harmonieusement avec leurs concitoyens à la construction d'une société meilleure pour tous les Soudanais.

 Les Soudanais, libres de leur choix
2.  Très récemment, dans mon discours aux membres du Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège (il représente 145 pays), j'ai fait part de mon souci concernant les nombreux obstacles à la paix et au progrès qui menacent encore l'horizon international. Au regard de l'Afrique, j'ai tenu à réaffirmer qu"une aide urgente s'impose dans plusieurs zones de conflits ou de catastrophes naturelles" (Discours au Corps diplomatique,  16 janvier 1993, 2). J'ai également senti la nécessité de mentionner d'une façon spéciale la guerre qui continue à dresser les peuples du Nord et du Sud du Soudan l'un contre l'autre. J'ai exprimé l'espoir sincère que "les Soudanais, libres de leur choix, puissent trouver la formule constitutionnelle qui permettra de surmonter les contradictions et les luttes, dans le respect des spécificités de chaque communauté" (ibid.).

Votre Excellence, tel est l'espoir que je formule à nouveau aujourd'hui. C'est un espoir né de la confiance que la paix est toujours possible. L'homme est un être raisonnable, doué d'intelligence et de volonté, il est donc capable de trouver de justes solutions à des situations conflictuelles, quels que soient leur origine plus ou moins reculée et les motifs qui les ont causées. Les efforts pour rétablir l'harmonie dépendent de la volonté et de la détermination des parties impliquées à mettre en oeuvre les conditions requises pour la paix. mais lorsque les déclarations de principe ne sont pas suivies d'une action constructive, la violence peut devenir incontrôlable. Des exemples en sont donnés en Europe, dans les Balkans ; en Asie, au Cambodge, et au Moyen-Orient ; en Afrique, avec la tragique situation du Liberia.

Un système de justice et d'égalité pour tous
3.  Les fondements de la paix ont été succintement indiqués par les évêques d'Afrique eux-mêmes, lorsqu'ils ont dit : "La paix ne peut être obtenue sans la justice et le respect des droits de l'homme" (Communiqué du 6 octobre 1992). Dans un pays multiracial et multiculturel, une stratégie d'affrontement ne peut jamais apporter la paix et le progrès. Seul, le respect des droits de l'homme, garanti légalement dans un système de justice et d'égalité pour tous, peut créer les conditions justes d'une coexistence et d'une coopération pacifiques, au service du bien commun. Aussi mon espoir pour votre pays peut-il s'exprimer plus concrètement dans le profond désir de voir tous ses citoyens  - sans aucune discrimination fondée sur l'origine ethnique, les données culturelles, le niveau social ou les convictions religieuses - prendre une part responsable à la vie de la nation, contribuant par leur diversité à la richesse de la communauté nationale tout entière.

4.  Toujours, depuis l'établissement des Etats-nations, l'existence des minorités sur un même territoire a représenté un défi positif et la chance d'un développement social plus riche. A une époque de plus grande conscience de l'importance du respect des droits de l'homme,  comme base d'un monde juste et pacifique, la question du respect des minorités doit être envisagée sérieusement, en particulier par les dirigeants religieux et politiques.

Au cours de ce siècle, des expériences très négatives à l'égard du traitement des minorités, surtout en Europe, mais aussi ailleurs, ont conduit la communauté internationale à réagir vigoureusement et à stipuler dans des accords internationaux les droits de tels groupes. La traduction de ces déclarations dans une législation et un comportement au niveau national est la mesure de la maturité d'un pays, et la garantie de sa capacité tant à promouvoir la coexistence pacifique à l'intérieur de ses propres frontières qu'à contribuer à la paix du monde.

Le droit à l'identité collective des groupes minoritaires

5.  L'Eglise aborde cette question essentiellement selon un point de vue humanitaire et moral. L'obligation universelle de comprendre et respecter la variété et la richesse des autres peuples, sociétés, cultures et religions, repose sur deux principes fondamentaux. Le premier, c'est la dignité inaliénable de toute personne, indépendamment de ses origines nationale, culturelle  ethnique ou raciale, ou des croyances religieuses ; cette dignité signifie que lorsque des hommes s'unissent en groupes, ils ont le droit de jouir d'une identité collective. Ainsi les minorités ont-elles le droit d'exister à l'intérieur d'un pays, avec leur langue, leur culture et leurs traditions propres, et l'Etat est moralement obligé de faire place à ces identités et à ces expressions particulières. Le second, c'est l'unité fondamentale de la race humaine, qui tire son origine du Dieu créateur de toutes choses ; cette unité implique qu'aucun groupe ne puisse ses sentir supérieur à un autre. Elle implique pareillement que l'intégration puisse s'édifier sur une solidarité effective, dépourvue de toute discrimination. En conséquence l'Etat a le devoir de respecter de défendre les différences existant entre les citoyens, et de permettre que leur diversité serve au bien commun. L'expérience montre que la paix et la sécurité intérieure ne peuvent être garanties que par le respect des droits de tous ceux dont l'Etat a la responsabilité.

Dans cette perspective, la liberté des individus et des communautés à professer et pratiquer leur religion est un élément essentiel pour la coexistence pacifique. La liberté de conscience et la liberté de rechercher la vérité et d'agir conformément à sa croyance religieuse personnelle sont tellement fondamentales pour l'être humain que tout effort pour les restreindre conduit inévitablement à d'implacables conflits.

Lorsque les relations ont été brisées parmi les groupes d'une nation, le dialogue et la négociation sont les chemins obligatoires vers la paix. La réconciliation, en accord avec la justice, et le respect des aspirations légitimes de tous les secteurs de la communauté nationale doivent être la règle. La garantie de la participation des minorités à la vie politique est le signe d'une société moralement adulte, et elle honore les pays dans lesquels tous les citoyens sont libres de participer à la vie nationale dans un climat de justice et de paix.

6.  Votre Excellence, voilà quelques-unes des pensées que ma visite me conduit à exprimer. Je voudrais attirer votre attention et celle des membre du gouvernement sur les sentiments qui inspirent l'activité de l'Eglise catholique dans toutes les parties du monde, sentiments que j'ai exprimés récemment aux représentants de tous les pays ayant des relations diplomatiques avec le Saint-Siège : "L'Eglise catholique, présente au sein de chaque nation de la terre, et le Saint-Siège, membre de la Communauté internationale, ne désirent aucunement imposer des jugements de leur conception de l'homme et de l'histoire, dont ils savent qu'elle provient d'une révélation divine... Malgré les difficultés, l'Eglise catholique continuera d'offrir, pour sa part, sa collaboration désintéressée afin que l'homme de cette fin de siècle soit mieux éclairé et qu'il sache se libérer des idoles de l'heure. Les chrétiens ont pour seule ambition de témoigner qu'ils comprennent l'histoire personnelle et collective en fonction de la rencontre de Dieu avec les hommes" (Discours au Corps diplomatique, ibid., 7).

Aussi, mes meilleurs souhaits pour le Soudan se transforment-ils en une ardente prière pour que le don que Dieu nous fait de la paix devienne une réalité parmi vous, pour que l'harmonie et la coopération entre le Nord et le Sud, entre chrétiens et musulmans remplacent le conflit pour que les obstacles à la liberté religieuse deviennent rapidement une chose du passé. Puisse le Dieu tout-puissant conduire tous les Soudanais sur les chemins de la vérité, de la justice et de la paix.

Barakha Allah as-Sudan
(Dieu bénisse le Soudan !)

(*) Texte anglais dans l'Osservatore Romano du 12 février. Traduction, titre et sous-titres de la D.C.

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Homélie à la Messe en l'Honneur de la Bienheureuse Bakhita (*)
 
Le Pape s'est rendu au "Green Square" de Khartoum, où, devant près de 100.000 fidèles, en majorité des réfugiés du Sud-Soudan, il a célébré l'Eucharistie, rendant un hommage particulier à la bienheureuse Joséphine Bakhita, Soudanaise qui fut esclave pendant plusieurs années, avant de devenir religieuse en Italie. Le Pape l'a proclamée bienheureuse le 17 mais 1992, à la colère des autorités soudanaises qui ne veulent pas que l'on fasse allusion à l'esclavage. 
Jean-Paul II a prononcé l'homélie suivante (*) :

"Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai" (Mt 11, 28).

CHERS FRERES ET SOEURS DU SOUDAN

1. A chaque époque et en tous lieux, ces paroles de notre Seigneur Jésus-Christ ont été une source de force inouïe et de consolation pour les chrétiens. Et tout particulièrement dans les temps d 'épreuve et de souffrance, des hommes et des femmes, et même de jeunes enfants, ont fait dans leur coeur l'expérience de la présence puissante du Sauveur, leur redisant ces paroles et leur enseignant le mystère de sa mort salvatrice sur la Croix : "Avançons-nous donc avec assurance vers le trône de la grâce afin d'obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour une aide opportune" (He 4, 16).
 

La  bienheureuse Joséphine Bakhita, fille de cette terre, est l'une de celles à qui la leçon de la Croix a apporté une force incomparable, au milieu des souffrances. Aujourd'hui, à Khartoum, au Soudan, en Afrique, l'Eglise tout entière, en communion avec le successeur de Pierre, se tourne vers la bienheureuse Bakhita et implore son intercession pour les évêques, les prêtres, les religieux et les laïcs de cette terre: pour Mgr Zubeir et les fidèles de l'archidiocèse de Khartoum ;  pour Mgr Paulinus Lukudu et les fidèles de l'archidiocèse de Juba ;  pour les pasteurs et les fidèles des diocèses d'El Obeid, Malakal, Rumbek, Tombura-Yambio, Torit, Wau et Yei.

La valeur de la réconciliation et de l'amour

2. n'est-ce pas un moment de réconfort et de renouveau qui a été offert à toute la communauté catholique du Soudan par le Christ, le bon Pasteur, lorsque, sur la place Saint-Pierre à Rome, la bienheureuse Joséphine Bakhita a été élevée à la gloire parmi les saints de l'Eglise ? Elle est devenue, en effet, un modèle de vertu et de sainteté de vie pour les chrétiens. Elle parle de la valeur de la réconciliation et de l'amour pour les fidèles de partout, car elle  surmonté en son coeur tout sentiment de haine pour ceux qui lui avaient causé du tort. Elle apprit des tragiques événements de sa vie à avoir une entière confiance dans le Très-haut qui est toujours et partout présent, et elle a ainsi appris à être toujours bonne et généreuse envers quiconque (cf. Audience pour la béatification, 18 mai 1992). Sa béatification a été un hommage non seulement pour elle mais aussi pour le Soudan, car une fille de cette terre a été donnée en exemple comme une héroïne de la grâce et de la bienveillance. Dieu l'a utilisée pour nous enseigner à tous le sens des paroles de Jésus : "Bienheureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu" (Mt 5, 9).

Jésus dit : "Père, Seigneur du ciel et de la terre, je te bénis d'avoir révélé aux tout-petits ce que tu as caché aux sages et aux intelligents" (Mt 11, 25). Par ces paroles, le Christ bénit la simplicité de Bakhita, une enfant, comme vous, de cette terre.  Grâce à sa simplicité et à son inépuisable confiance, elle a porté, sur la via dolorosa de sa vie, ce témoignage qui vient de Dieu lui-même de répondre au voeu de l'Eglise du Soudan, voeu exprimé le jour de la béatification de la bienheureuse Joséphine : que Bakhita soit honorée sur son propre sol. Je remercie chacun : les autorités civiles et tous ceux qui ont travaillé à la préparation de cette visite ; les évêques qui m'ont invité à prier avec tous et à partager, même pour un bref moment, la vie de la communauté catholique ici.

Appel à une relation nouvelle entre chrétiens et musulmans

Je suis heureux aussi de saluer les représentants des autres Eglises chrétiennes et Communautés ecclésiales. Nous sommes unis par des liens spirituels profonds, en raison de notre baptême commun, et ces liens doivent nous conduire à rechercher l'unité que le Christ lui-même a demandée à ses disciples (cf. Jn 17, 21).

Je salue pareillement toute la communauté musulmane. L'un des buts importants de ma visite est d'appeler à une nouvelle relation entre chrétiens et musulmans, sur cette terre.  Tout récemment, à Assise, des catholiques, d'autres chrétiens et des musulmans d'Europe se sont rassemblés pour une journée de prière et de jeûne pour la paix. Je renouvelle ici une conviction qui, je le sais, était partagée par les musulmans présents à la rencontre : "L'authentique foi religieuse est une source de compréhension réciproque et d'harmonie, et seule la déviation du sentiment religieux conduit à la discrimination et au conflit" (Allocution à la délégation musulmane,  Assise, 10 janvier 1993).

Mon ardent espoir est que, à l'avenir, se développent au Soudan le dialogue et la coopération entre chrétiens et musulmans. Nous devons prendre conscience que "se servir de la religion comme prétexte pour l'injustice et pour la violence est un abus terrible qui doit être condamné par tous ceux qui croient vraiment en Dieu ... Et tant que les croyants ne seront pas unis pour refuser les politiques de haine et de discrimination, et pour affirmer le droit à la liberté culturelle et religieuse de toutes les sociétés humaines, il ne pourra pas exister de paix authentique" (ibid.).

Restez fermes et gardez courage

4.  Il est difficile en ce moment de ne pas penser à toutes les prières et toutes les souffrances de ceux qui sont touchés par le conflit continuel sur cette terre, spécialement dans le Sud. Beaucoup d'entre vous sont originaires de là-bas, et, se trouvent maintenant sans toit, personnes déplacées en raison de la guerre. L'immense souffrance de millions d'innocentes victimes me pousse à élever la voix pour dire ma solidarité avec ceux qui sont faibles et sans défense, et qui crient vers Dieu l'appelant à l'aide : pour la justice et le respect de la dignité qu'Il leur a donnée en tant qu'êtres humains, pour leurs droits humains fondamentaux et la liberté de croire et de pratiquer leur foi, sans peur et sans discrimination.

J'espère ardemment sue ma voix parviendra jusqu'à vous, Frères et Soeurs du Sud. Tels ceux que nous avons entendu mentionner dans la première Lecture de cette Liturgie, vous aussi pouvez être tentés de dire : "le Seigneur nous a abandonnés ! Il nous a oubliés" (Is '9, 14). Et cependant, votre foi chrétienne vous enseigne que vos prières et vos souffrances  sont unies au grand cri du Christ lui-même,  qui, comme Grand Prêtre du Peuple de Dieu tout entier, est entré dans le sanctuaire pour intercéder pour nous (cf. He 9, 11-12). Et, comme il le fit autrefois sur terre, il dit maintenant dans la maison du Père : "Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai" (Mt 11, 28). Et lorsque, dans votre coeur, vous entendez ces paroles, il ajoute : "mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez le soulagement" (Mt 11, 29).

Ainsi a parlé le Christ, le Seul qui connaît le Père et que le Père connaît comme son Fils bien-aimé -, Parole éternelle, Un avec le Père. Aujourd'hui, au Soudan, l'évêque de Rome, le successeur de Pierre, répète ces paroles et vous encourage à demeurer fermes et à garder courage. Le Seigneur est près de vous. Il ne vous laissera jamais seuls. L'Eglise tout entière comprend votre détresse et prie pour vous.

5.  Au milieu de si dures épreuves, la bienheureuse Bakhita est votre modèle et votre patronne dans les cieux. Dans les si dures afflictions de sa vie, Bakhita a toujours écouté la parole du Christ.  Elle a appris le mystère de sa Croix et de sa Résurrection : la vérité salvatrice au sujet de Dieu qui a tellement aimé chacun d'entre nous qu'il nous a donné son Fils unique (cf. Jn 3, 16), et la vérité salvatrice au sujet du Fils qui a aimé chacun d'entre nous jusqu'à l'extrême (cf. Jn 13, 1).

La vie est votre héritage
La bienheureuse Bakhita a été fidèle, elle a été forte. Elle s'est confiée au Christ sans réserve. Elle s'est montrée la servante du Seigneur en endurant patiemment les épreuves, les privations et les difficultés, par la pureté, par la science, par la patience et la bonté (cf. 2 Co 6, 4-6) -  comme les premiers chrétiens  qui, au milieu des persécutions de l'Empire romain, se sont montrés les serviteurs de Dieu... "dans l'honneur et l'ignominie, dans la mauvaise et la bonne réputation" (2 Co 6,8). Ainsi l'écrit l'apôtre Paul dans sa Lettre aux Corinthiens. Et ainsi parle l'histoire de l'Eglise en Afrique, y compris dans les pays que je viens de visiter : le Bénin, l'Ouganda, le Soudan.

6.  C'est la puissance de Dieu qui a fait de Bakhita - à l'image du Christ - celle qui en enrichit beaucoup.  La pauvre esclave que rien ne désignait aux yeux des autres, c'est elle en fait qui possédait le plus grand trésor (cf. 2 Co 6,10). Et même si, humainement parlant,  elle est vivante exactement comme le Christ est vivant,  bien qu'il ait été condamné à mort et ait été crucifié. Elle vit de sa vie !

En sa vie nouvelle en Christ,  cette soeur revient aujourd'hui en Afrique. Cette fille de la communauté chrétienne du Soudan revient vers vous,  aujourd'hui. Vous aussi, vous êtes éprouvés de bien des façons et cependant la vie est votre héritage, cette vie que le Christ ressuscité a apportée à tous.

Et quels sont les signes de la vie du Christ au Soudan aujourd'hui ? Les paroles de saint Paul, dans la seconde lecture, nous parlent éloquemmen,t de votre labeur quotidien : "Tenus pour tristes, nous qui sommes toujours joyeux ; pour pauvres, nous qui faisons tant de riches ; pour gens qui n'ont rien, nous qui possédons tout" (2 Co 6,10).
 

l'Eglise tout entière soutient le cri de vos évêques
7. l'Eglise et tous les gens de bonne volonté de par le monde se sont réjouis lorsqu'on annonça qu'un nouveau système politique allait être mis en place, un système dans lequel tous les citoyens seraient égaux, sans discrimination en raison de la couleur, de la religion ou du sexe. Il était dit que toutes les différences légitimes seraient respectées dans un pays multi-ethnique, multi-culturel et  multi-religieux ; et que toutes les religions seraient libres dans leurs activités religieuses.
La liberté religieuse est un droit que possède tout individu car elle découle de la dignité inaliénable de chaque être humain. Elle existe indépendamment des structures politiques et sociales et, comme cela a été stipulé dans de très nombreuses chartes internationales, l'Etat a l'obligation de défendre cette liberté de toute attaque ou interférence. Là où la discrimination est exercée à l'encontre de citoyens sur la base de leurs convictions religieuses, un injustice fondamentale est commise contre l'homme et contre Dieu, et la voie de la paix est obstruée. Aujourd'hui, le successeur de Pierre et l'Eglise tout entière réaffirment leur plein soutien à l'appel insistant de vos évêques pour le respect de vos droits de citoyens et de croyants.

Chaque jour, les chrétiens du Soudan sont dans mes pensées et mes prières. L'Eglise tout entière se sent en profonde solidarité avec les victimes de la famine, avec la situation critique des réfugiés et des personnes déplacées, des malades et des blessés, de ceux qui sont traités injustement, de tant d'enfants perdus et abandonnés.  l'Afrique ne doit pas manquer de trouver et de suivre de nouveaux chemins de solidarité humaine, de justice et de respect des droits de l'homme, de paix et de progrès constructif.  La communauté internationale ne doit pas négliger ses engagements solennels envers l'Afrique. Les Organisations internationales doivent avoir la possibilité de prêter assistance, d'encourager le développement, de promouvoir les conditions de liberté et de paix, dans cette partie du monde si gravement troublée.

8.  Chers Frères et Soeurs, l'Eucharistie célébrée sur le sol soudanais doit être un signe d'espérance pour nous tous. Le Christ est présent ici, parmi son peuple fidèle. "Cieux, criez de joie ! Terre exulte !... le seigneur console son peuple ; il prend en pitié ses affligés" (Is 49, 13).

Réjouis-toi, toute l'Afrique ! Bakhita est revenue vers toi : la fille du Soudan vendue en esclavage comme une marchandise vivante et pourtant toujours libre. Libre de la liberté des saints. La bienheureuse Joséphine revient vers vous avec le message de Dieu, le Père de la miséricorde infinie.

les hommes pensent parfois : "Le Seigneur nous a abandonnés ! Il nous a oubliés !" (Is 49,13). Et Dieu répond par les paroles du grand Prophète : "Une femme oublie-t-elle son petit enfant, est-elle sans pitié pour le fils de ses entrailles ? Même si une mère pouvait oublier son enfant, moi, je ne t'oublierai jamais. Vois, je t'ai gravée sur les paumes de mes mains" (Is 49, 15-16). Oui, sur le paumes des mains du Christ, percées par les clous de la crucifixion. Le nom de chacun d'entre vous est gravé sur ces psaumes.

Aussi, avec une pleine confiance, nous proclamons :
"Le Seigneur est notre force et notre bouclier,
En lui, notre coeur a foi" (Ps 28-7). Amen.
Sallu lillah/ bi wasitati at-tubawiya Bakhita
as-sudaniya/likay
yubarika 'aylati-kom

(Par l'intercession de la bienheureuse Bakhita, je demande à Dieu de bénir vos familles).

(*) Texte anglais dans l'Osservatore Romano du 12 février. Traduction, titre et sous-titres de la D.C. 

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Discours du Pape Jean Paul II au départ de Khartoum (*)
 

 Monsieur le Président,
Messieurs les Membres du Gouvernement,
Mes Frères les Evêques
Membres distingués du Corps Diplomatique,
Chers Amis,

1. Le moment est venu de prendre congé du Soudan à la fin de ce qui a été pour moi un voyage mémorable. 
Je voudrais remercier Votre Excellence et tous ceux qui m'ont permis de rencontrer la communauté catholique de Khartoum et de célébrer sur le sol soudanais l'Eucharistie, le rite le plus solennel de notre foi. Je suis reconnaissant à l'archevêque Gabriel Zubeir, à tous les évêques et aux fidèles de l'Eglise qui ont partagé avec moi cette émouvante expérience.

2.  En quittant l'Afrique, je ressens le pressant besoin de me tourner vers Dieu, le Père de tous les vivants, et d'implorer sa protection sur les peuples de ce continent, en cette époque de changement. Oui, l'Afrique est en train de changer  Pas à la même allure partout, et pas toujours dans la même direction. Mais il est clair que tous les peuples d'Afrique expriment un sens nouveau de responsabilité à l'égard de leur propre destin et le désir de trouver et de suivre leur propre modèle de croissance et de développement. Puisse Dieu aider les responsables de ce continent à discerner les réponses les plus adaptées aux problèmes touchant leurs peuples. Puisse-t-il les aider à relever le défi qui permettra à leurs citoyens de prendre une part plus importante dans la création d'un avenir plus brillant !

Je répète ce que j'ai dit il y a trois semaines aux diplomates accrédités auprès du Saint Siège : "Dans cette Afrique nouvelle, il est important que le rôle central soit confié à la population qui doit être capable de participer pleinement au développement. Dans ce but, la population a besoin d'une coopération régionale et internationale, d'une part pour éviter les crises, et, d'autre part, pour que cette coopération soutienne le processus de démocratisation, de même que la croissance économique" (Discours au Corps diplomatique,  16 janvier 1993, 9).

3  Afrique ! Vous avez de si grands besoins, mais vous avez aussi tellement à donner !
 Vous avez un sens profond de la communauté et un sens aigu de la dimension spirituelle de la vie humaine; N'allez pas croire qu'un individualisme exagéré, lequel aboutit toujours à l'égoïsme, est le vrai chemin. Préservez la force de votre vie familiale, votre amour pour les enfants, votre solidarité avec ceux qui sont dans le besoin, votre hospitalité à l'égard de l'étranger, les éléments positifs de vos traditions sociales et culturelles. Surtout ne remplacez pas vos valeurs spirituelles par un matérialisme qui ne peut satisfaire le coeur humain ou fonder une société vraiment juste et solidaire.

En prenant congé de vous, je voudrais réaffirmer l'engagement permanent de l'Eglise catholique envers ce continent. La présence du christianisme remonte dans certaines régions à l'aube de l'ère chrétienne. Dans d'autres endroits il est arrivé plus récemment. Quoi qu'il en soit, l'Eglise a été activement engagée dans l'éducation des jeunes, dans le soin des malades, dans la promotion du développement humain et spirituel des peuples africains. Si elle fait cela, ce n'est pas dans le but de chercher une position pour elle-même, et encore moins pour imposer aux Africains une manière de vivre étrangère. Elle poursuit aujourd'hui son apostolat et ses oeuvres afin de témoigner de l'espoir fondamental qui la soutient : l'espoir que l'humanité tout entière croîtra dans l'unité et atteindra une communion toujours plus grande avec Dieu (cf Lumen gentium, 1). La  nature même de sa mission l'oblige à favoriser la coopération avec tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté au service de la famille humaine.

Afrique ! L'Eglise, incarnée dans la vie de vos propres fils et filles, est décidée à partager le fardeau de vos problèmes et les difficultés de votre marche vers un avenir meilleur. Elle ne manquera pas de vous encourager dans votre recherche d'une plus grande justice, de la paix et de la réconciliation, d'un développement économique, social et politique qui correspond à la dignité de l'homme. J'invite instamment tous les membres de l'Eglise à témoigner clairement du message de l'Evangile, un message de salut et d'espoir, et d'être fidèles aux principes moraux qui assurent la défense et la promotion de la dignité humaine et des droits de l'homme.

Puisse Dieu bénir abondamment les peuples d'Afrique. Puisse-t-il protéger les pauvres et les délaissés, et qu'il montre sa miséricorde aux jeunes et aux vieux. Que sa paix règne dans le coeur de tous !

4.  Chers amis soudanais, en vous quittant, j'exprime l'espoir que le chemin de la compréhension et du dialogue conduira à une paix juste et honorable pour tous les habitants de ce pays. Je suis venu à Khartoum avec de l'amitié et de l'estime pour tout le peuple soudanais. Je pars avec l'espoir que de meilleures relations entre le Nord et le Sud, et entre les fidèles de traditions religieuses différentes, deviendront bientôt une réalité, car elles correspondent aux aspirations des vrais croyants. Que Dieu bénisse tous ceux qui oeuvrent dans ce but. Dieu bénisse le Soudan !

Manaha Allh as-Sudan barakat as-salam
Puisse Dieu accorder la paix au Soudan !)

(*) Texte anglais dans l'osservatore Romano du 14 février. Traduction et titre de la D.C.  
 

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Audience générale du Pape Jean Paul II, Rome le 17 février 1993 (*)
 

Mon récent voyage en Afrique, a été un vrai pèlerinage dans le sillage des saints et bienheureux que l'Afrique a donnés à l'Eglise au cours de cette dernière période. Une période très importante pour la mission et le développement du christianisme sur le continent noir. Je voudrais exprimer mes remerciements à mes frères dans l'épiscopat du Bénin, de l'Ouganda et du Soudan qui, en m'invitant, m'ont donné l'occasion de me rendre encore une fois en Afrique.

En même temps, j'exprime mes vifs remerciements aux autorités civiles qui, pour leur part, se sont unies à l'invitation des épiscopaux locaux. Mes remerciements s'étendent à tous ceux qui ont apporté leur contribution à la préparation de ma visite et en ont favorisé la réussite, en collaboration intensément pendant qu'elle se déroulait. Je remercie tous les Frères et Soeurs du Bénin, de l'Ouganda, et du Soudan ; je remercie ensemble les Frères et soeurs de l'Eglise catholique et des autres communautés chrétiennes, comme également, les musulmans et les représentants des religions traditionnelles.

Au Bénin..........

En Ouganda.........

Le Soudan
7. Joséphine Bakhita. Aux côtés des saints martyrs Ougandais et des bienheureux Anwadrite et Victoire, la divine Providence a placé sur le chemin de l'Evangile chez les jeunes Eglises d'Afrique, une Bienheureuse soudanaise. Vendue dans sa jeunesse au marché aux esclaves, puis rachetée et libérée, elle trouve la voie pour suivre le Christ chez les Soeurs de sainte Madeleine de Canossa, en Vénétie, où elle reçoit le baptême et prononce ses voeux religieux. Dieu a révélé la sainteté de cette humble fille de l'Afrique en un moment particulier. Après la béatification, qui eut lieu à Rome en mai 1992, est née l'idée d'honorer la nouvelle bienheureuse également dans son pays d'origine. C'est sa patrie : elle doit faire resplendir parmi les siens la lumière divine qui éclaire la vie, difficile et pleine de souffrances, de ses compatriotes.

Au Soudan, pays en majorité musulman, les chrétiens appartiennent à la population noire autochtone, concentrée surtout au Sud. Dans l'archidiocèse de Khartoum,  la capitale, le nombre des catholiques a augmenté à cause des réfugiés venant du Sud où, depuis de nombreuses années, la guerre se poursuit et où même l'aide humanitaire est arrivée souvent avec difficulté. L'évangélisation du Soudan est liée depuis plus d'un siècle, tout particulièrement, à l'activité des Pères Blancs, de Daniel Comboni et de sa Congrégation missionnaire, en plus des autres communautés.

Au cours de la célébration eucharistique, L'Eglise au Soudan,  avec la participation d'une grande foule de chrétiens de tout le pays, a accueilli Bakhita, sa Fille Bienheureuse, revenue, dans le mystère de la communion des saints, chez ce peuple qu'elle quitta jadis;

Nous avons confiance que ces événements contribueront au rapprochement des musulmans et des chrétiens du Soudan, pour le bien  de toute l'Afrique et la cause de la paix dans le monde contemporain. 

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