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Visite « ad limina Apostolorum » de
la Conférence Épiscopale des Évêque du Soudan
| Castel Gandolfo, jeudi 18 septembre 1997
Discours de Mgr Gabriel Zubeir Wako, Archevêque de Khartoum et Président de la Conférence Épiscopale des Évêque du Soudan Très Saint Père Au nom de l’Église catholique du Soudan, nous vous adressons nos salutations et que Dieu Notre Père vous accorde la Grâce et la Paix Nous sommes tous présents ici à l’exception de Mgr Rudoph Deng Majak de Wau que ses fidèles ont instamment prié de demeurer avec eux en raison de la situation précaire où ils se trouvent. Nous remercions le Seigneur pour notre présence ici, car la guerre au Sud Soudan a fait éclater notre Conférence Épiscopale en deux parties: cinq Évêques dans les zones contrôlées par le SPLA et six dans les zones contrôlées par le gouvernement soudanais. Les communications entre nous, même dans les zones ci-dessus mentionnées, sont extrêmement difficiles. C’est seulement en des occasions comme les visites ad limina que nous pouvons vraiment tenir une assemblée plénière des Évêques du Soudan. La guerre et l’insécurité qui s’ensuit nous ont forcés à rester dans un véritable isolement et une solitude lamentable. Cela a de graves conséquences pour notre ministère. Nous emportons avec nous les paroles d’estime et de remerciement adressées
par votre Sainteté à nos fidèles pour la visite inoubliable,
visite que vous avez faite au Soudan en 1993. Nous avions tant besoin de
cette visite. Bien que toutes les promesses du gouvernement du Soudan n’aient
pas été remplies, nous pensons qu’il y a du changement en
bien. Nous avons encore à affronter des difficultés, mais
vos paroles d’espoir et d’encouragement continuent à nous soutenir
jusqu’à ce jour.
Ce que nous observons, c’est que l’Église du Soudan, à l’approche du centenaire de sa naissance après la révolution Mahdiya est en train de faire de grands progrès en nombre, et dans l’approfondissement de sa foi et de sa sagesse. Voici quelques signes de ces progrès: une moyenne de 7.000 catéchumènes adultes baptisés chaque année dans le Nord du pays après avoir été formés pendant au moins une année complète de catéchuménat; l’accroissement des vocations sacerdotales qui nous ont donné cette année-ci 129 étudiants en théologie, 90 en philosophie, au grand séminaire de Khartoum, chiffre auquel il faut ajouter ceux qui étudient au Kenya et en Ouganda. Nous soulignons que nos fidèles croissent dans leur soumission à l’Église et dans le sens de la solidarité. Cela a accru le nombre de laïcs en général qui s’engagent activement dans l’apostolat; l’élite chrétienne qui s’organise peu à peu en vue de donner un meilleur témoignage chrétien dans la vie professionnelle grâce à des programmes de formation chrétienne continue, adaptée à ses besoins et spécialement la branche féminine qui s’est rendue disponible pour toutes sortes de services dans les chapelles et les paroisses, spécialement en encourageant la prière dans les foyers et en renforçant l’esprit de solidarité entre les familles et avec les pauvres, sans oublier la jeunesse qui est pratiquement au service constant des Églises et des communautés. La splendeur de cette image est tout de même assombrie par la vie sacramentelle appauvrie dans nos communautés, spécialement pour ce qui concerne les sacrements de la Réconciliation, de l’Eucharistie (communion sacramentelle) et le sacrement des malades. La participation pleine à l’Eucharistie est devenue une sorte de monopole des enfants et des jeunes, car les adultes en effet, ne communient pas à cause des problèmes de mariage (polygamie, divorce avec ou sans remariage, union sans forme canonique, et même sans la volonté d’envisager un mariage chrétien et aussi la pratique du lévirat). Il nous arrive d’attribuer cela au manque de prêtres. Nous voyons clairement le besoin d’intensifier et d’améliorer l’évangélisation et la catéchèse. Les communautés chrétiennes de base qui sont la priorité pastorale de tous nos diocèses promettent d’être un puissant instrument pour la formation continue de nos fidèles et leur témoignage communautaires de l’Evangile. Il nous reste cependant beaucoup de chemin à faire. La guerre, l’insécurité, la pauvreté à laquelle la majorité de nos gens sont réduits les poussent à choisir leurs priorités ailleurs que dans l’approfondissement de leur vie chrétienne. Et pourtant nous sommes surpris de voir tout ce que ces gens sont prêts à souffrir plutôt que d’abandonner leur identité de chrétiens. L’attitude du Gouvernement face aux Églises, surtout l’Église catholique, est négative, c’est le moins qu’on puisse dire. En dépit des progrès que nous avons remarqués depuis votre visite, il reste beaucoup d’exemples de traitements injustes infligés aux chrétiens; le dernier étant la démolition systématique des écoles chrétiennes et des centres polyvalents (c’est à dire les centres qui sont utilisés pour toutes les activités de l’Église). Les motifs mis en avant pour justifier ces démolitions ne sont pas convaincants. La politique qui se cache derrière n’est pas conforme aux déclarations tant répétées que le Soudan respecte et reconnaît toutes les religions. Depuis 30 ans, nous n’avons obtenu aucun permis de construire des lieux de culte décents. De plus le programme scolaire du Soudan n’est rien d’autre que l’endoctrinement des enfants dans la foi musulmane. Ce harcèlement ne nous empêche de tenter un dialogue avec le gouvernement. Nous avons souvent discuté les plans concernant les lieux de culte et autres activités chrétiennes, le statut de nos écoles, nos services pour les pauvres et notre priorité en leur faveur et aussi notre part de temps dans les programmes de télévision et de radio nationale. Jusqu’à maintenant nous n’avons pas abouti à des conclusions favorables pour l’Église. Nous avons également exprimé notre désir d’être plus profondément impliqués dans la recherche de la paix. Il semble pourtant que notre idée de la paix diffère grandement de celle du Gouvernement. Nous devons quand même reconnaître que ces dernières années le gouvernement a exprimé tout haut son désir de paix. D’autre part, nous avons de sérieuses réserves à propos de la transformation des déclarations de paix en oeuvres de paix. En vérité, notre plus grand problème aujourd’hui, c’est la guerre civile qui dure depuis 14 ans. La majorité de nos populations, dans chacun de nos diocèses, est faite de personnes déplacées ou réfugiées. La pauvreté, le manque de travail et de logement, l’insécurité et spécialement la FAIM, c’est cela la vie de nos gens. Et tous se tournent vers l’Eglise pour la solution de leurs problèmes. Cela nous blesse profondément d’entendre des gens sans mauvaises intentions nous dire que la situation du pays est normale et ne requiert aucune attention spéciale. Nous voulons affirmer devant votre Sainteté que notre peuple a besoin d’aide malgré les déclarations contraires du Gouvernement; nous vivons avec le peuple et nous savons ce que nous disons. Nous signalons ici les ravages dont notre cadre traditionnel, social et familial a souffert du fait de la guerre et des déplacements massifs de populations (rien qu’à Khartoum, il y a plus d’un million et demi de personnes déplacées). Nous assistons au phénomène de milliers de familles mono-parentales dirigées par des femmes, dont la plupart sont des veuves. Il y a des familles éclatées dont les membres sont éparpillés dans des directions différentes. Nos villes sont pleines d’enfants et de jeunes privés de parents ou d’aînés pour les guider et les diriger. C’est là une des raisons pour lesquelles l’Église catholique au Soudan, en dépit de sa pauvreté, a pris l’éducation comme une de ses priorités. C’est bien à juste titre que l’archidiocèse de Khartoum a donné à ce programme scolaire pour les enfants déplacés le titre « Sauver ce que l’on peut sauver » ce qui dit bien pourquoi l’Église dans tous nos diocèses a fait de l’éducation sa priorité. Avec insistance nous invitons toutes les personnes de bonne volonté à aider efficacement le peuple soudanais dans la recherche de la paix, pas n’importe quelle paix, mais la paix reposant sur les bases solides de la justice et de l’égalité entre tous les Soudanais en tenant compte de leurs diversités. La paix ainsi comprise n’a besoin que d’une grande bonne volonté politique de la part de tous, particulièrement de ceux qui détiennent le pouvoir politique dans le pays. Nous souhaitons assurer votre Sainteté que l’Église du Soudan est une Église de l’Espoir. C’est une Église pleine de foi et de vie, et nous souhaitons que les épreuves qu’elle traverse maintenant ne l’empêche pas de devenir une Église de l’Amour. En effet, il y a beaucoup de gens dont le coeur est plein de ressentiment, de haine et de désir de vengeance. Et c’est pourquoi nous avons intitulé ce programme « La paix par la réconciliation et le pardon ». Nous admirons la patience et ténacité de nos fidèles. Nous rendons grâce à Dieu du fait que ces dernières années, à l’heure où nous pensions qu’il n’y avait plus rien qui vaille la peine de vivre, Dieu nous a montré des signes indubitables de son amour et de sa protection: en 1992 avec la béatification de Soeur Joséphine Bakhita, en 1993 avec votre visite, en 1994 avec le congrès eucharistique national, en 1995 avec le retour du Synode pour l’Afrique et la célébration du jubilé d’or des prêtres diocésains du Soudan, en 1996 avec la béatification de Mgr Daniel Comboni et cette année avec notre visite ad limina apostolorum. Nous entrevoyons avec grand espoir la célébration du grand Jubilé qui sera pour nous également le centenaire de la renaissance (après la révolution Madhiste) de l’Eglise du Soudan avec la célébration de la première messe, à l’occasion de la solennité de l’Epiphanie 1900, à Ondourman par Mgr Antonio Rovergio qui était alors le Vicaire apostolique de l’Afrique Centrale. Nous célébrerons aussi le jubilé d’argent de l’instauration de la Hiérarchie au Soudan. Nous et nos fidèles, nous nous souvenons toujours de vous dans nos prières. Nous demandons spécialement à Dieu de vous donner la santé, et la force de continuer à guider son Eglise. Les chrétiens du Soudan aiment beaucoup le Pape. En leur nom, et en notre propre nom nous renouvelons à votre Sainteté notre loyauté filiale. Grand merci pour les heures que vous nous avez réservées durant notre visite ad limina et merci pour l’encouragement que vous nous avez donné quand, à chacun d’entre nous, vous avez donné l’assurance que le Soudan tient une place spéciale dans votre coeur. Il nous reste à demander encore une fois vos prières et votre bénédiction. Nous demandons en faveur de votre Sainteté, l’intercession de Marie notre Mère que vous avez inlassablement recommandée à l’amour et à la dévotion de l’Eglise. (traduit de l’anglais par Vigilance Soudan)
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