|
|
| "Comme Jésus Christ fut vendu pour 30 deniers, notre peuple
est sacrifié en échange de barils de pétrole" dénoncent
sans hésitation les évêques du Soudan dans un message
envoyé à l’IGAD, l’organisme régional de la Corne
de l’Afrique engagé depuis des années dans la difficile médiation
entre le gouvernement de Khartoum et les rebelles de la SPLA (Armée
de libération populaire du Soudan). Les religieux affirment que
le conflit est lourdement aggravé par le « business du pétrole
», extrait en abondance dans les régions méridionales
du pays et dont les bénéfices sont utilisés pour faire
durer la guerre. La lettre de la Conférence épiscopale soudanaise
(SCBC), réunie depuis une semaine en assemblée plénière
à Pesaro (Italie), manifeste son soutien aux initiatives diplomatiques
de l’IGAD visant à établir un accord entre les parties impliquées
dans le conflit qui ensanglante le pays depuis 1983.
Les religieux dénoncent les fréquentes vexations dont la population civile est victime, telles que le bombardement de l’école élémentaire de Kauda (sur les montagnes Nuba) du mois de février dernier. Les opérations militaires au Soudan « ont fait augmenter de façon drastique- lit-on dans la lettre – le nombre des réfugiés, estimés à 2,3 millions ». Les évêques ont la sensation que la crise armée n’est pas résolue à cause d’un manque de volonté politique. Ils demandent en outre le respect du droit inaliénable à la liberté religieuse, bien souvent nié par les autorités soudanaises, dans un pays pourtant multiethnique et multireligieux. Pour l’épiscopat soudanais, la solution est déjà contenue dans le « DOP », la déclaration de principe élaborée par les médiateurs de l’IGAD, résumé précis des stratégies pouvant consentir l’entente de paix. Malheureusement, déplorent les évêques, le « Dop » est une déclaration virtuelle car elle n’est pas encore appliquée, bien qu’elle illustre clairement les engagements des belligérants. Les évêques demandent également à la communauté internationale de ne pas rester passive et de faire pression afin d’épargner la souffrance à des millions d’innocents. Les religieux craignent que les intérêts économiques à la source du conflit n’acquièrent une dimension internationale croissante, en désaccord avec les principes de solidarité existant entre le Nord et le Sud du monde. Le message exprime la pensée d’une Eglise « super partes » sur le plan politique, évangéliquement rangée du côté des pauvres. (MISNA, Italie, 18-09-2000)
|