Résolutions de la Conférence Episcopale du Soudan
Nairobi, le 24 août 1999
Préambule
Nous, les évêques catholiques du Soudan, réunis
à Nairobi du 12 au 27 août pour l'Assemblée Plénière
de notre Conférence Episcopale, avons consacré plusieurs
sessions à explorer et définir de nouvelles stratégies
dans notre effort pour apporter la paix à notre pays déchiré
par la guerre. Nous avons réaffirmé la validité des
engagements que nous avons pris dans le passé, particulièrement
dans le document "Vision, mission et valeurs" de 1997 et notre programme
pour "la Paix par la Réconciliation" de 1998.
Nous nous sommes rappelés les efforts que d'autres ont fait
pour la paix, et parmi eux les trois conférences pour la paix organisées
sous les auspices de l'IGAD (Inter-Governmental Authority for Development*),
les pourparlers de paix entre les Dinka et les Nuer à Wunlit, le
règlement négocié du conflit de Chukudum. Nous pensons
néanmoins que les pourparlers de paix de l'IGAD auraient pu être
plus décisifs dans la recherche de la Paix pour le Soudan.
Malgré ces espoirs de paix, nous nous sommes rappelés
d'autres incidents, qui indiquent clairement que la Paix pour le Soudan
est encore loin. Depuis notre Assemblée Plénière de
septembre1998 :
- des milliers de personnes sont mortes dans et autour de Wau simplement
parce que les appels à l'aide pour cette région ont été
ignorés par la communauté internationale, par le SPLM/A (Sudan
People's Liberation Movement/Army) et par le gouvernement du Soudan, et
aussi parce que le gouvernement du Soudan a interdit les vols humanitaires
vers ces endroits précisément au moment où ils en
avaient le plus besoin.
- l’IGAD rassemble les pays de la région de la Corne de l’Afrique
pour une coopération régionale. Il est soutenu par un «
groupe de partenaires » composé des pays riches du Nord. Un
secrétariat pour le Soudan vient d’être créé
pour aider à avancer d’une manière plus systématique
sur les questions de la Paix au Soudan.
- des conflits armés sérieux ont éclaté
dans et autour de Bentiu entre des factions armées soutenues par
le gouvernement du Soudan et par le SPLA.
- dans la région de Chukudum, des combats de nature tribale
ont eu lieu entre le SPLA et la population, laissant derrière eux
des morts et des villages minés.
- de son côté, le gouvernement du Soudan a poursuivi des
bombardements aériens systématiques et indiscriminés
principalement contre des cibles civiles. Récemment, de fortes suspicions
ont été exprimées sur l'utilisation de bombes chimiques
dans un de ses raids aériens.
- partout au Soudan, les pauvres et les déplacés souffrent
de privations, de mauvais traitements, de discriminations et d'injustices
de toutes sortes.
Tout ceci nous a convaincus que tout effort de Paix que nous entreprenons
doit être associé à des efforts décisifs pour
que la justice soit assurée pour tous. La Justice et la Paix doivent
marcher main dans la main et devenir une partie intégrale de notre
pastorale d'ensemble. Nous voulons que notre Conférence, nos diocèses
et nos paroisses jusqu'aux communautés de base les plus petites
soient sérieusement engagés dans la création et le
maintien d'une atmosphère dans laquelle la Justice et la Paix pourront
se développer.
Nous nous sommes par conséquent engagés à identifier
et à présenter :
a. le genre de structures dont nous avons besoin à chacun de
ces niveaux,
b. le genre d'action ou de tâches que chaque niveau devrait entreprendre,
c. le genre d'information dont nous avons besoin pour la rassembler
ou la divulguer de manière à travailler de manière
plus effective pour la Justice et la Paix.
A. Structures :
Pour ce qui est des structures, nous nous engageons à :
1. mettre en place des Comités diocésains Justice et
Paix dans chaque diocèse.
2. établir des Commissions Justice et Paix aux niveaux national
et régional de notre Conférence. Ces Commissions traiteront
les questions de Justice et Paix nationales et seront des points de référence
et d'appui pour les diocèses.
3. lancer une recherche sur les méthodes traditionnelles de
résolution des conflits.
4. mettre en place au sein de la Conférence épiscopale
régionale du Sud (SCBRC) un programme de bourses pour de la formation
professionnelle et l'éducation supérieure.
5. confier au Comité Permanent de la Conférence, avec
l'appui des délégués nommés, la responsabilité
du suivi des actions de plaidoyer décidées par la Conférence.
6. former des groupes de travail au sein de la Conférence (au
niveau national comme au niveau régional du sud) pour mettre en
place des programmes orientés vers la Paix en association avec d'autres
Conférences Episcopales et les congrégations religieuses
intéressées, et en collaboration avec des organismes et des
experts dans le champ de la Justice et de la Paix, aussi souvent que cela
sera nécessaire.
B. Action :
Nous avons défini le genre d'actions que chacune des structures
susnommées devrait entreprendre. Nous nous engageons à ce
qui suit :
1. les Comités Justice et Paix initieront des programmes de
formation à la doctrine sociale de l'Eglise pour le personnel ecclésial,
particulièrement le clergé, les religieux et les catéchistes,
à travers des cours, des séminaires, des ateliers et tout
autre moyen disponible.
2. les groupes de travail (cf*A6), avec l'aide de nos partenaires de
l'intérieur comme de l'extérieur du Soudan, développeront
des moyens pour :
- identifier et engager le personnel nécessaire au processus
de paix, organiser et mener des projets de développement général,
d'éducation et de santé, et la formation des cadres soudanais
à tous les niveaux : national, régional et diocésain.
- trouver les fonds nécessaires au soutien à court et
long terme et au développement des projets et des programmes ci-dessus
définis.
- mettre en place des réseaux de communication et de plaidoyer
dans plusieurs pays, qui reflèteront fidèlement la vision
commune et la voix véritable de la Conférence épiscopale
du Soudan pour une paix juste.
3. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour étendre
et renforcer les initiatives œcuméniques pour la réconciliation
qui existent déjà entre les groupes en conflit. Nous encouragerons
et pousserons tous les leaders tribaux et les anciens à utiliser
leurs méthodes traditionnelles de résolution des conflits
comme une contribution active de leur part au processus de paix dans le
Soudan.
4. Nous encouragerons les groupes tribaux ou autres à coopérer
dans des projets communs dans le but d'améliorer les relations entre
eux.
5. Nous renforcerons et améliorerons nos services sociaux, éducatifs
et sanitaires existants et les rendrons accessibles au plus grand nombre.
Nous mettrons davantage l'accent sur les services qui éduquent les
gens à la vie.
6. Nous encouragerons et formerons nos gens à s'auto-suffire
à travers :
la formation à la création d'emploi pour eux-mêmes,
- le développement de coopératives.
7. Nous reconnaissons et apprécions l'engagement actif des femmes
dans la recherche de la paix, dans le développement et dans la vie
familiale, et nous les inclurons davantage dans nos efforts de recherche
de la paix dans l'avenir.
8. A la lumière de notre Foi, nous exhorterons les chrétiens
à croire que le pardon est un acte de puissance et une vertu aux
yeux de Dieu, et que le pardon, donné et recherché, est le
premier pas vers la réconciliation.
9. Nous continuerons à exercer une non-violence active en dénonçant
les injustices, les affronts à la dignité humaine et les
violations des droits de l'homme ; en résistant à l'intimidation,
en initiant et en entrant en dialogue, en écrivant des lettres appropriées
et en utilisant les médias. Nous considérons la non-violence
active comme un moyen de s'opposer et de résister aux oppresseurs
et de les rendre conscients du mal qu'ils font à leurs frères
et sœurs.
10. Nous appellerons à la promotion et à l'établissement
d'un gouvernement basé sur la justice et la démocratie plutôt
que sur la puissance militaire.
11. Nous essaierons de lutter contre les facteurs internes à
nos communautés qui promeuvent les conflits et la division (le tribalisme,
la lutte pour le pouvoir,...) en rencontrant et en s'adressant aux gens
engagés dans de telles actions, par exemple, les militaires,
les chefs, le personnel des Eglises et les leaders politiques.
12. Nous exprimerons nos raisons d'espérer plus souvent te encouragerons
d'autres à faire de même, par exemple en rappelant nos réussites
passées dans la réconciliation entre des groupes, les lettres
pastorales de la Conférence des Evêques sur la paix, les efforts
pour la paix de l'IGAD et d'autres personnes et groupes de bonne volonté,
et en encourageant la prière permanente pour la Paix.
13. Nous adopterons les chemins suivants pour la promotion de la Justice
et de la Paix :
- aider les gens à trouver la lumière et la force
dans leur Foi,
- donner aux communautés chrétiennes de base et dans
les écoles une compréhension exacte des Droits de l'Homme,
- en appeler aux moyens traditionnels de résolution des
conflits,
- encourager les gens à utiliser la force de la non-violence
active,
- éduquer les gens à avoir une conscience critique de
leur situation et du potentiel qui est en eux,
- encourager les gens à participer activement et de manière
responsable à la vie civile,
- promouvoir le dialogue de la vie,
- promouvoir un 'esprit de solidarité,
- former les consciences,
- éduquer au sens de la responsabilité, pour que les
gens prennent en charge leur vie et deviennent productifs et créatifs,
- créer chez les gens un sens de la responsabilité
pour les générations futures.
C. Information :
Très souvent, nos gens qui souffrent et nous-mêmes ne
sommes pas bien informés de ce qui se passe autour de nous. Nous
nous engageons donc à ce qui suit :
1. Nous essaierons de conscientiser les opprimés sur le mal
qu'ils endurent du fait de leurs oppresseurs, et les oppresseurs du mal
qu'ils infligent à leurs victimes.
2. Nous essaierons d'obtenir une information appropriée sur
la propagande et les politiques du gouvernement du Soudan et du Mouvement
(SPLM) pour la rendre disponible aux évêques du Soudan, aux
ambassades étrangères, aux autres Conférences épiscopales,
aux parlementaires d'autres pays, aux groupes de défense des Droits
de l'Homme et aux médias étrangers.
Conclusion :
En terminant cette liste de résolutions, nous sommes conscients
que nous avons en quelque sorte imposé nos idées et nos engagements
à des personnes que nous ne connaissons même pas. Nous demandons
la coopération des pays, des Conférences épiscopales,
des organisations partenaires et de l'ensemble de nos diocèses.
Ceci pour exprimer notre conviction que la Paix ne viendra pas au Soudan
à moins que toutes les personnes de bonne volonté ne mettent
leur main à la pâte et poussent ou tirent de tout leur poids.
Nous espérons que tous ceux qui se trouvent interpellés même
de manière générale nous soutiendront dans notre lutte
pour restaurer la paix au Soudan et le bien-être de son peuple.
Nous sommes bien conscients de la distance qui existe entre la résolution
et l'action. Nous nous confions à l'aide de Dieu et sommes sûrs
qu'Il nous donnera la force de poursuivre le programme que nous nous sommes
fixés.
Nous savons que Dieu, dans sa bonté et sa compassion, bénira
nos efforts et leur donnera un aboutissement positif.
Nous confions notre projet pour la Paix à l'intercession de
Marie la Reine de la Paix et notre Mère, et à l'intercession
du Bienheureux Comboni et de la Bienheureuse Bakhita.
Nous croyons qu'un jour prochain, nous pourrons chanter avec le psalmiste
:
Ceux qui sèment dans les pleurs récoltent dans la joie
Ceux qui s'en vont en pleurant, portant des sacs de semences
Reviendront avec des cris de joie, portant leurs gerbes liées
(cf Ps 126, 5-6)
Paix au Soudan !
Paolino Lukudu Loro, archevêque de Juba, Président de la
Conférence Episcopale du Soudan
Gabriel Zubeir Wako, archevêque de Khartoum
Joseph Gasi Abangite, évêque de Tambura-Yambio
Vincent Mojwok Nyiker, évêque de Malakal
Erkolano Lodu Tombe, évêque de Yei
Macram Max Gassis, évêque d'El Obeid
Rudolf Deng Majak, évêque de Wau
Paride Taban, évêque de Torit (absent)
Caesar Mazzolari, évêque de Rumbek
Antonio Menegazzo, administrateur apostolique d'El Obeid
Daniel Adwok Kur, évêque auxiliaire de Khartoum
Johnson Akio Mutek, évêque auxiliaire de Torit
Nairobi, le 24 août 1999
|