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Les Etats doivent faire cesser la boucherie au Soudan


C’est l’appel pressant qu’a lancé un évêque catholique soudanais lors de la  réunion du Conseil mondial des Eglises qui s’est tenue ce 5 décembre (1998) à Hararé, capitale du Zimbabwé. Mgr Taban Paridé, évêque de Torit au Sud-Soudan a eu des accents déchirants de frustration devant ces massacres dont on n’entrevoit pas la fin. Nous lui laissons la parole :

“De nombreux amis soudanais mettent l’accent sur l’aide humanitaire. Se dépenser uniquement pour cette aide, revient à engraisser un bœuf avant de l’envoyer à l’abattoir. Il faut s’attaquer aux racines du mal et non pas se limiter à en combattre les effets’’.

‘‘Les populations souffrantes du Soudan ont appris que les grandes nations avaient imposé au gouvernement irakien, une zone d’interdiction de vol pour protéger les Kurdes d’Irak du Nord. Notre peuple pose la question: “Nos vies ne méritent-elles pas d’être protégées de l’aviation soudanaise par l’imposition d’une zone d’interdiction de vol entre les 13ème et 14ème parallèles? “

“Nous avons récemment appris que le Président de Yougoslavie avait été forcé par les Européens et par les Américains d’arrêter le massacre du peuple de Kosovo et de retirer ses troupes sous peine d’encourir la colère de l’OTAN. C’est vraiment un résultat remarquable. Et qu’en est-il de nous au Soudan? Quelqu’un peut-il dire aux Américains et aux Européens de faire la même chose dans notre pays?”

Mgr Taban témoigne des raids aériens de l’aviation soudanaise : “ Il n’y avait aucune présence militaire dans l’une ou l’autre des cibles quand j’ai assisté à la chute des bombes. Ceux qui sont bombardés sont des civils innocents qui essaient de refaire leur vie. Ils bâtissent des écoles. Ils construisent de petites chapelles, ils veulent constituer de nouveau une communauté. Ils cultivent la terre car ils désirent manger à leur faim. Mais les bombes diaboliques qui tombent du ciel réduisent constamment leurs ambitions à néant. Les avions de Khartoum reviennent presque tous les jours. Qui peut savoir combien profondes sont les cicatrices morales et psychologiques qui marquent ces gens innocents? Ils souffrent de la poitrine. Ils toussent et halètent. Ils me demandent: “Est-ce que ces bombes contiennent des produits chimiques, des gaz dangereux? Pouvons-nous avoir des médecins pour savoir ce dont nous souffrons?” Ils se sentent abandonnés: Y a-t-il quelqu’un, quelque part qui nous connaisse? Y a-t-il quelqu’un quelque part qui se soucie de nous? Je dois ajouter que la guerre du Soudan n’est pas celle qui est généralement décrite:  Chrétiens contre Musulmans. Il existe dans les deux camps des personnalités chrétiennes et musulmanes. Au cœur du problème, se trouve un groupe de Musulmans qui préfèrent utiliser l’Islam comme idéologie de pouvoir et de domination. Le peuple du Soudan attend des voix qui parleraient de la guerre civile, des massacres, des réfugiés et  des déplacés, de l’oppression des femmes, du Sida qui se répand, de la présence persistante de l’esclavage’’. 

“Y a-t-il des voix pour proclamer la liberté des captifs et la délivrance des opprimés? Oui, quelques unes de ces voix existent. Elles sont peu nombreuses. Nous vous conjurons de vous joindre à elles”. 

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